Ingénierie de formation
L'AFEST : comment se former directement sur son poste de travail ?
Toutes les compétences ne s'apprennent pas bien dans une salle. Depuis 2019, une action de formation peut se dérouler sur le poste de travail, à condition de respecter un cadre précis. Voici ce que recouvre l'AFEST et pourquoi elle se répand vite.
AFEST veut dire action de formation en situation de travail. C'est une façon d'apprendre sur son propre poste, pendant ses heures de travail, à partir de situations réelles plutôt que d'exercices reconstitués. L'idée n'est pas nouvelle, mais elle est désormais reconnue comme une vraie modalité de formation, avec un cadre juridique et des règles à respecter.
Ce que dit la loi
La loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel a redéfini ce qu'est une action de formation. L'article L6313-2 du code du travail précise depuis qu'un parcours pédagogique peut être suivi en tout ou partie à distance ou en situation de travail. Le décret du 28 décembre 2018, entré en vigueur le 1er janvier 2019, a fixé les conditions concrètes qui permettent de qualifier une formation d'AFEST. Sans ce décret, apprendre sur le terrain reste de l'apprentissage informel, sans valeur juridique pour un financeur.
Les conditions pour que ce soit une vraie AFEST
Le décret pose quatre exigences que l'organisme ou l'entreprise doit pouvoir démontrer :
- une analyse de l'activité de travail, pour repérer ce qui peut être appris et l'aménager si besoin à des fins pédagogiques ;
- la désignation préalable d'un formateur, souvent un collègue expérimenté qui exerce une fonction de tuteur pendant la séquence ;
- des phases réflexives, nettement séparées des moments de production, où l'apprenant revient sur ce qu'il a fait ;
- des évaluations spécifiques des acquis, qui ponctuent ou concluent le parcours.
La phase réflexive est le point central. Après une mise en situation, le formateur et l'apprenant analysent ensemble les écarts entre ce qui était attendu et ce qui a été réalisé, les méthodes employées et les autres façons possibles de procéder. Un temps de travail sans ce retour analysé ne constitue pas une AFEST.
La différence avec l'apprentissage sur le tas
Dans une formation classique, le formateur apporte un contenu préparé à l'avance. Dans une AFEST, c'est l'inverse : l'apprenant produit lui-même la matière pédagogique en travaillant, puis il la décortique avec son formateur. Le geste professionnel devient un support d'apprentissage, à condition d'être observé, discuté et évalué. Cette structuration est ce qui distingue l'AFEST d'un simple compagnonnage : il y a un objectif défini au départ, une trace de ce qui a été fait et une évaluation à l'arrivée.
Combien ça coûte et qui finance ?
L'AFEST n'est pas un dispositif de financement, c'est une modalité pédagogique. Elle s'inscrit donc dans un cadre qui, lui, ouvre des droits, comme le plan de développement des compétences de l'entreprise ou le compte personnel de formation. Un contrat de professionnalisation peut aussi l'intégrer. Le temps passé en AFEST est du temps de travail effectif, la rémunération du salarié est maintenue. Le vrai coût pour l'entreprise se situe ailleurs : il faut réorganiser le temps de travail du formateur comme de l'apprenant et accepter une baisse temporaire de production le temps de la séquence.
Pourquoi cette modalité se répand ?
Le mouvement est net. Selon Centre Inffo, le nombre d'AFEST déclarées aux opérateurs de compétences est passé de 1 068 en 2022 à 10 592 en 2025. Près de 62 % de ces actions concernent des TPE et des PME. Ce décompte ne tient même pas compte des séquences financées par les entreprises sur leurs fonds propres, qui échappent au suivi des OPCO. Six ans après la loi, l'AFEST n'est plus une expérimentation.
Elle répond surtout à un besoin concret : certains savoir-faire s'apprennent mal en salle. Un logiciel métier configuré à la manière de l'entreprise, un process interne, un tour de main sur une machine, la gestion d'une relation client difficile : ce sont des situations qui gagnent à être travaillées là où elles se produisent, puis reprises à froid avec un formateur.
Sources
- Légifrance, décret n° 2018-1341 du 28 décembre 2018 relatif aux actions de formation et aux modalités de conventionnement des actions de développement des compétences
- Centre Inffo, AFEST : entre sobriété juridique et puissance opérationnelle, 2025
- AKTO, Qu'est-ce que l'action de formation en situation de travail (Afest) ?
- C-Campus, AFEST : une forte croissance et un grand tournant en 2025 ?
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