Emploi et formation
Emploi dans le numérique : la France forme-t-elle assez de monde ?
84 227 projets de recrutement recensés dans le numérique pour 2026, et un besoin estimé à 845 000 personnes à former d'ici 2030 selon l'Institut Montaigne. Entre les intentions d'embauche des entreprises et la réalité du vivier de compétences, l'écart mérite d'être regardé chiffres en main.
Le numérique reste l'un des secteurs les plus dynamiques du marché du travail français, mais un paradoxe s'y installe année après année : les entreprises continuent d'y recruter, tout en peinant à trouver les bons profils, pendant que l'appareil de formation ne semble pas produire suffisamment de candidats pour combler l'écart. Recrutements, effectifs, spécialité informatique au lycée, projections à 2030 : voici ce que disent vraiment les chiffres, sources officielles à l'appui.
Un secteur qui recrute encore, mais moins vite qu'avant
Selon l'observatoire de branche Numeum, réalisé avec Quadrat Études, les entreprises du numérique ont recruté 51 000 salariés en 2025, un chiffre stable par rapport à 2024 mais en net repli face aux 83 000 embauches de 2023, soit une baisse de 38 % en deux ans. Le secteur emploie tout de même environ 666 000 salariés en France en 2025, un effectif qui a progressé de 50 % en dix ans mais qui a perdu près de 7 500 postes rien qu'en 2024. La croissance du marché reste pourtant attendue en hausse de 4,3 % pour 2026, pour un chiffre d'affaires estimé à 74,3 milliards d'euros : la croissance du marché ne se traduit donc plus automatiquement par une explosion des embauches, contrairement à la phase de rattrapage post-Covid.
84 227 postes ouverts, un sur deux jugé difficile à pourvoir
Le décalage se lit aussi côté France Travail. L'enquête Besoins en Main-d'Œuvre 2026, publiée le 21 avril dernier, recense 2,275 millions de projets de recrutement à l'échelle nationale, en repli de 6,5 % par rapport à 2025, avec 43,8 % jugés difficiles à concrétiser en moyenne. Dans le numérique, 84 227 projets de recrutement sont recensés pour 2026, dont 49,5 % jugés difficiles par les employeurs, soit près de six points de plus que la moyenne tous secteurs confondus. Du côté des cadres, l'Apec annonce de son côté 61 160 recrutements de professionnels de l'informatique attendus en 2026, en hausse de 4 % sur un an. Le nombre de postes recule donc légèrement, mais la difficulté à les pourvoir ne faiblit pas vraiment.
Le vivier scolaire ne suit pas le même rythme
Une partie de l'explication se joue en amont, dès le lycée. La spécialité Numérique et Sciences Informatiques, censée nourrir les vocations vers ces métiers, peine toujours à convaincre : seuls 17 061 élèves la suivent en classe de terminale en 2025 selon Le Monde Informatique, et les filles n'y représentent que 15,5 % des effectifs alors qu'elles pèsent 55,6 % des terminales générales. Ce déséquilibre se prolonge ensuite dans le monde professionnel : les femmes ne représentent que 29 % des salariés du secteur numérique en 2025 selon Numeum, un chiffre qui progresse très lentement d'une année sur l'autre.
845 000 personnes à former d'ici 2030 : la France est-elle en retard ?
C'est le chiffre le plus souvent cité sur le sujet, et il reste la référence en 2026 : dans une étude publiée en mai 2023, l'Institut Montaigne estimait à 845 000 le nombre de personnes à former entre 2023 et 2030 pour répondre aux besoins des métiers du numérique, soit au moins 130 000 par an à l'approche de cette échéance. Or seules 70 000 personnes avaient rejoint ces métiers en 2022, année de référence de l'étude. L'institut appelait donc à doubler l'offre de formation d'ici 2030, un objectif que le gouvernement avait traduit par une ambition de 400 000 talents du numérique formés sur le quinquennat. Trois ans plus tard, l'écart entre les intentions de recrutement observées dans les enquêtes de France Travail et de l'Apec et ce rythme de formation nécessaire reste d'actualité.
Se former dans le numérique, un choix qui reste solide
Nuance importante : quand on regarde l'insertion des demandeurs d'emploi déjà formés, la situation n'a rien d'alarmant. Selon France Travail, 52 % des demandeurs d'emploi qui recherchaient un métier de l'informatique en 2022 ont retrouvé un poste dans ce même domaine, contre 51 % pour l'ensemble des demandeurs d'emploi tous métiers confondus. Le problème n'est donc pas tant l'insertion de ceux qui se forment que le volume global de personnes formées chaque année, très en-dessous des besoins projetés. Pour une personne en reconversion, cela reste un signal plutôt rassurant : se former à un métier du numérique conduit, dans la grande majorité des cas, à retrouver un emploi dans ce domaine précis.
Sources
- France Travail, enquête Besoins en Main-d'Œuvre 2026
- France Travail, Éclairages et Synthèses n°86, Les métiers du numérique (avril 2026)
- Numeum, le numérique en 2025, un marché de l'emploi plus prudent mais toujours attractif
- IT for Business, marché du numérique : Numeum prévoit 4,3 % de croissance en 2026
- Apec, quels sont les cadres qui seront les plus recrutés en 2026
- Institut Montaigne, mobiliser et former les talents du numérique (mai 2023)
- Le Monde Informatique, la spécialité NSI au lycée peine toujours à séduire
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